Crise monétaire : qui est vraiment responsable ?
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By nadernet
La crise monétaire récente a entraîné la mise en cause de la politique monétaire menée par certaines banques centrales, et des contestations sur l'intérêt de l'indépendance de ces banques par rapport aux autorités politiques. J'aimerais apporter quelques informations de caractère technique et en rien idéologiques.
J'avais lutté à l'époque contre le traité de Maastricht, qui créait l'euro et donnait l'indépendance à la Banque centrale européenne, pour deux motifs principaux, dont je pense qu'ils restent fondés.
Le premier était la difficulté de confier à deux responsables différents une moitié de politique économique, alors que l'idéal est de concentrer toutes les responsabilités dans les mêmes mains, de façon à jouer en même temps sur les deux leviers, de la politique budgétaire et de la politique monétaire, au lieu de les séparer et de priver ainsi, pour illustrer ce propos, un chef d'orchestre, de la direction des cordes, alors qu'il conserverait celle des cuivres ou inversement.
La seconde raison était que la création d'une monnaie unique ne pouvait être un succès total que si les pays qui l'utilisaient correspondaient à un ensemble homogène et susceptible de répondre aux besoins de chaque entité nationale par des mécanismes de solidarité financière et fiscale satisfaisants.
Les pratiques des banques commerciales
Dès lors, les causes de la crise monétaire actuelle tiennent-elles en tout ou en partie à ces difficultés d'origine, et plus spécialement à l'action de la Banque centrale européenne dans sa politique monétaire ? Je ne le crois pas. La crise est venue en revanche d'une transformation complète du rôle et des méthodes des banques commerciales et d'affaires.
Depuis des années, de nombreux experts signalent qu'alors même que les banques ont amélioré de façon très sensible le contrôle interne de leurs risques grâce notamment en France à l'action de la Banque de France, de nouveaux types de risques sont apparus qui eux, sont mal connus, mal évalués et peu contrôlés. Il s'agit d'une part d'opérations de technique essentiellement mathématique de plus en plus complexes et qui ne peuvent être maîtrisées que par quelques spécialistes opérateurs et non par les contrôleurs de back-office.
Il s'agit, d'autre part, d'opérations de plus en plus risquées mais plus rentables, consistant à transférer les risques pris par une banque ou un acteur institutionnel important, censé être bien informé sur le risque pris, à des financeurs généralement quelconques, mais moins ou non informés, institutions ou particuliers, par des méthodes dites de titrisation.
Cette dissémination des risques présente l'avantage d'éviter de trop grandes concentrations pouvant mener à la faillite d'unités importantes, mais elle présente l'inconvénient de polluer de façon souvent inconsciente l'ensemble du système monétaire mondial, comme on l'a vu récemment.
Le problème n'est donc pas ici des effets d'une politique monétaire qui aurait été mal menée, mais d'une absence de contrôle de la part des autorités financières, et sans doute d'une certaine complaisance de la part des agences de notation vis-à-vis de ces risques transférés.
De même, on ne peut donc imputer à l'action de la BCE les problèmes de parités monétaires et d'euro fort. En effet, les Etats-Unis se sont installés dans un système facilité par les Banques centrales des pays émergents, de déficit commercial excessif et constant, financé par les émissions de dollars acceptées par les Banques centrales des pays exportateurs nets, comme la Chine et d'autres pays asiatiques ou les pays producteurs de pétrole et de gaz.
Dans le même temps, la Banque centrale japonaise, très proche des autorités politiques de son pays, poursuit sa politique constante de sous-évaluation du yen - dont même ses voisins se plaignent - pour faciliter les exportations industrielles de ses entreprises.
Les critères de la BCE
Quant à la BCE, ayant le privilège de suivre son action par l'intermédiaire d'un comité consultatif de la Banque de France, je peux confirmer qu'elle ne prend pas ses décisions en considération simplement des menaces d'inflation, mais en étudiant toutes les données concernant la croissance et l'emploi dans les différents pays de la zone euro. En outre, sa politique monétaire a été, jusqu'à présent au moins, relativement accommodante, et c'est plutôt du côté de la coordination des politiques budgétaires insuffisantes des pays concernés qu'il faut rechercher les causes des difficultés actuelles de croissance.
La nouvelle majorité en France s'attaque à nos problèmes structurels, c'est ainsi que l'économie ira mieux. Il reste néanmoins en France une préoccupation majeure, celle du déficit budgétaire, combiné à l'importance des prélèvements publics et de l'endettement du pays.
Nous n'avons pas su, dans les périodes de grande croissance, constituer les réserves nécessaires et les marges de manoeuvre souhaitables pour faire face aux périodes de stagnation, et il est donc très difficile de trouver actuellement les moyens de faire face à l'ensemble des besoins de développement du pays.
Quoi qu'il en soit et quant à la crise monétaire actuelle, tout en sachant que les situations économiques étaient différentes aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et dans la zone euro, saluons la décision de la FED américaine, considérons que la BCE a bien rempli son rôle et étonnons-nous de l'action inopportune et tardive de la Banque centrale anglaise.
- JACQUES CALVET
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