l'Inde: géant, mais toujours pauvre
Après la Chine, l'Inde est souvent présentée comme le prochain géant qui, grâce à une croissance rapide, va sortir du sous- développement. Pourtant...
Selon un rapport remis au gouvernement indien en septembre dernier, on dénombre toujours plus de quatre pauvres sur dix dans les zones rurales du pays.Tandis qu'en ville, plus du quart de la population est pauvre également. La situation s'est cependant un peu améliorée ces dernières années: la pauvreté aurait en effet baissé de 50% en 1993-1994 à 42% en 2004-2005 dans les zones rurales et de 31% à 26% dans les villes.
Le niveau de pauvreté relevé dans ce rapport est très supérieur aux dernières estimations connues qui remontaient à 2004-2005: elles chiffraient alors le taux de pauvreté à 28% dans les zones rurales. Cette hausse résulte d'un changement de normes dans la définition de la pauvreté, trop restrictive à l'époque.
Quoi qu'il en soit ces chiffres rappellent l'ampleur du défi auquel le pays reste confronté. S'il existe bien une classe moyenne montante et des entrepreneurs indiens dynamiques, notamment dans les services informatiques, le sous-continent reste classé à la 128e place sur 177 selon l'indice de développement humain (IDH) des Nations unies. Une réalité qui n'avait pas échappé à ceux qui ont vu Slumdog millionnaire...
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Perspectives économiques en Afrique (PEA) 2008/09
Après cinq années de croissance économique supérieure à 5 pour cent, le continent ne peut tabler que sur un taux de croissance de 2.8 pour cent en 2009, soit plus de deux fois moins que les 5.7 pour cent espérés avant la survenue de la crise. Cependant, les auteurs anticipent un rebondissement de la croissance à 4.5 pour cent en 2010. Dans les pays exportateurs de pétrole, elle devrait s’établir à 2.4 pour cent en 2009, contre 3.3 pour cent pour les pays importateurs nets de pétrole.
L’effondrement du cours des matières premières et la forte baisse de la demande provenant des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) auront un effet négatif sur l’équilibre budgétaire des pays d’Afrique, les prévisions de déficit budgétaire de la région pour 2009 s’établissant à près de 5.5 pour cent du PIB, alors que l’édition des PEA de l’an dernier prévoyait un excédent de 3.4 pour cent. Les investissements directs étrangers (IDE) ont baissé de près de 10 pour cent en 2008. Les auteurs de l’édition 2009 estiment que si l’aide officielle au développement a progressé en 2008, on peut craindre une baisse des budgets d’aide des donneurs du fait de la crise économique actuelle.
Pour l’essentiel, au cours des années 70 et 80, la croissance de l’Afrique a été limitée par des facteurs internes que les réformes de ces dernières décennies ont tenté d’améliorer. Grâce à ces mesures et à un environnement externe favorable, l’Afrique a pu jouir de cinq années de croissance supérieure à 5 pour cent. La crise financière s’est transformée en crise économique et est venue éroder les acquis des réformes.
Compte tenu des projections de croissance de 2.8 pour cent et de la tendance baissière constatée, de nombreuses personnes vont retomber dans la pauvreté. C’est un revirement sur lequel les Africains n’ont aucune prise et qui risque de perdurer. Grâce à une nouvelle méthode, les PEA soulignent que seule une poignée de pays du continent est en position de réduire de moitié la part de la population vivant avec moins d’un dollar par jour d’ici à 2015.
Cependant, comme le déclare Louis Kasekende, économiste en chef de la BAfD, « il ne faut pas désespérer. La décennie de réforme a permis de rendre la gestion macro-économique plus efficace et d’accroître la compétitivité des économies africaines. Les pays doivent donc renoncer à mettre en oeuvre des politiques qui restreindraient l’intégration du continent à l’environnement commercial et financier mondial ».
Plus positif, l’édition 2009 montre que l’Afrique est en meilleur position pour affronter la crise aujourd’hui qu’il y a dix ans. De nombreux pays ont entrepris des réformes économiques prudentes au cours des dernières années, ce qui a permis de renforcer l’équilibre fiscal et de ramener l’inflation en deçà de 10 %. Nombre d’économies ont aussi bénéficié d’un allègement considérable de leur dette, ce qui explique que la faiblesse du ratio service de la dette/exportations dans la plupart des pays.
Javier Santiso, Directeur et économiste en chef spécialiste du développement humain du Centre de
développement de l’OCDE, souligne que « les marchés émergents d’Asie et d’Amérique latine constituent des partenaires de plus en plus importants en termes d’échanges et de développement, ce qui limite aussi la vulnérabilité du continent à la performance économique des pays de l’OCDE ».
Les PEA 2009 se tournent spécialement vers les innovations en matière de technologies de l’information et de la communication (TIC). Ses auteurs concluent que, malgré un faible taux de pénétration de ces technologies, les applications innovantes se sont étendues à divers domaines, tels que la banque en ligne, les paiements électroniques, l’agriculture électronique, le commerce en ligne, l’administration en ligne et l’éducation à distance. Nombre de ces nouveaux outils favorisent l’amélioration de l’environnement des affaires en contribuant au développement des marchés, en réduisant les coûts et en permettant de surmonter les contraintes traditionnelles en matière d’infrastructures.
Javier Santiso a ajouté que « cette exploitation des TIC par les entreprises montre que les pays africains peuvent stimuler la croissance en se basant sur une hausse des investissements intérieurs et de la consommation, réduisant ainsi, par voie de conséquence, l’impact des chocs et crises exogènes ».
L’édition annuelle des PEA est publiée conjointement par la BAfD, le Centre de développement de l’OCDE et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, avec le soutien de la Commission européenne.
Aperçus par région
En Afrique australe, la croissance économique s’établit à 5.2 pour cent en 2008, en baisse par rapport aux 7 pour cent constatés en 2007. Elle devrait ralentir considérablement en 2009 pour atteindre 0.2 pour cent, avant de se rétablir à 4.6 pour cent en 2010. En Afrique du Sud, la croissance devrait chuter à 1.1 pour cent du fait de l’impact de la crise économique mondiale sur la demande des minéraux exportés, aggravée par une contraction de la consommation et de l’investissement privés. En Angola, l’économie devrait se contracter de 7.2 pour cent en 2009, sur la base de l’hypothèse d’une réduction des quotas de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) qui se traduira par une diminution de la production. En 2008, le Malawi et Madagascar ont bénéficié d’une forte croissance de leur agriculture, et d’investissements importants dans le secteur minier pour ce qui concerne Madagascar.
La croissance moyenne du PIB en Afrique du Nord devrait s’apprécier légèrement, passant de 5.3 à 5.8 pour cent en 2008. Elle devrait ensuite accuser un fort ralentissement, à 3.3 pour cent, avant d’atteindre 4.1 pour cent en 2010.
Tous les pays d’Afrique du Nord enregistreront une faible croissance en 2009, du fait de la baisse de la production de pétrole et des rentrées touristiques. Le Maroc et la Tunisie ont une production et des exportations plus diversifiées, ce qui les rend moins vulnérables à la réduction de la demande provoquée par la crise. Leur croissance restera cependant modérée.
La croissance du PIB en volume des économies d’Afrique de l’Ouest devrait ralentir pour atteindre 4.2 pour cent en 2009, contre 5.4 pour cent en 2008 et 2007. Elle devrait ensuite se renforcer pour atteindre 4.6 pour cent en 2010. Les prévisions pour 2009 indiquent une baisse du taux de croissance du Nigeria à 4 pour cent, du fait de la baisse des quotas de production de l’OPEP et d’un déclin des investissements.
La plupart des autres pays de la région devraient également voir la croissance des investissements publics et privés ralentir et les prix de matières premières baisser. Les envois de sommes d’argent par les émigrés devraient également diminuer. Toutefois, le Liberia et la Sierra Leone devraient continuer d’afficher des taux de croissance élevés dans la mesure où la production se rétablit après des années de conflit.
En 2008, la croissance moyenne du PIB des sept pays d’Afrique centrale s’est établie à 5 pour cent, contre 4 pour cent en 2007. En 2009, la croissance du PIB devrait baisser fortement, à 2.8 pour cent, avant d’atteindre 3.6 pour cent en 2010. La réduction de la demande de pétrole et de minéraux va affecter la croissance des pays riches en ressources naturelles.
D’après les estimations, le taux de croissance moyen des pays d’Afrique s’établit à 7.3 pour cent pour 2008, contre 8.8 pour cent en 2007. La région devrait voir ses performances décroître pour atteindre 5.5 pour cent en 2009 et stagner à ce niveau en 2010. L’Éthiopie, le Rwanda, le Soudan, la Tanzanie et l’Ouganda, qui ont enregistré la plus forte croissance en Afrique de l’Est, devraient préserver un taux de croissance relativement élevé en 2009 et 2010, car leurs exportations agricoles et horticoles – d’ampleur considérable – sont moins sensibles aux effets de la crise. Le Burundi, les Comores et les Seychelles devraient continuer de stagner.
Les deux derniers vont voir leurs recettes touristiques baisser du fait de la récession mondiale et de l’agitation, dans le cas des Comores. A Djibouti, la croissance s’est élevée à 5.9 pour cent en 2008 et devrait progresser en 2009 et 2010 pour atteindre près de 6.6 pour cent. Le Kenya devrait afficher un forte croissance en 2009 (5 pour cent), du fait de la reprise de la demande intérieure après la forte baisse de 2008.
Vous pouvez consulter le rapport sur le site: http://www.africaneconomicoutlook.org/
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Taux de chômage harmonisés de l'OCDE
OECD - Le taux de chômage dans la zone OCDE était de 7.3% en février 2009, supérieur de 0.3 point de pourcentage à celui du mois précédent et supérieur de 1.7 points de pourcentage à celui de l'année précédente.
Dans la Zone euro, le taux de chômage était de 8.5% en février 2009, supérieur de 0.2 point de pourcentage à celui du mois précédent et supérieur de 1.3 points de pourcentage à celui de l'année précédente. Le taux de chômage aux États-Unis en mars 2009 était de 8.5%, supérieur de 0.4 point de pourcentage à celui du mois précédent et supérieur de 3.5 points de pourcentage à celui de l'année précédente. Au Japon, le taux était de 4.4% en février 2009, supérieur de 0.3 point de pourcentage à celui du mois précédent et supérieur de 0.5 point de pourcentage à celui de février 2008. etc.
Version complète du communiqué (pdf)
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Espoir de reprise en Asie
La Chine et les autres pays émergents asiatiques pourraient redémarrer avant les pays occidentaux grâce à la baisse des prix des matières premières et à des plans de relance conséquents.
L'Asie, que l'on croyait un temps autonome, a été fortement touchée par la crise. Ses marchés d'actions ont baissé de 66% sur un an. Cependant, l'optimisme des investisseurs revient peu à peu. Depuis la mi-2008, les performances des marchés asiatiques sont supérieures à celles des autres pays émergents.
Première explication de ce phénomène : la baisse spectaculaire du prix des matières premières. Grâce à elle, les termes de l'échange, c'est à dire le rapport entre le prix des exportations et celui des importations, s'améliorent. En Chine, les entreprises peuvent ainsi commencer à reconstituer leurs marges. L'Empire du Milieu n'est pas le seul à en profiter. En Thaïlande, où les prix de l'énergie sont subventionnés, le reflux des cours du pétrole est une véritable bénédiction.
Autre bonne nouvelle, qui entretient les espoirs des investisseurs : les plans de relance mis en oeuvre dans l'ensemble de la région. La Corée, la Thaïlande, Hong Kong et Taiwan y ont dépensé entre 3 et 4% de leur PIB. La Chine de son côté, a dépensé 580 milliards de dollars, soit plus de 12% de son PIB pour relancer l'activité.
Ces mesures commencent déjà à produire leurs effets : en Chine, les investissements en capital fixe, les immatriculations d'automobile, ainsi que la production industrielle ré-accélèrent.Grâce à la baisse des taxes mise en place par le gouvernement, 9 millions de véhicules légers pourraient être vendus cette année, selon les prévisions des experts de Pictet. C'est plus qu'aux Etats-Unis.
Le crédit bancaire, en tout cas, affiche déjà une hausse de 41% sur un an ! Entre novembre et février, les banques chinoises ont prêté autant que lors des dix premiers mois de 2008. C'est l'avantage d'un système nationalisé : en temps de crise, le gouvernement peut ordonner aux banques de prêter davantage. Certes, l'épargne des ménages est encore trop élevée. Les stocks de logements invendus aussi. Cependant l'économie chinoise a peut-être touché le fond au quatrième trimestre 2008. C'est à dire quelques mois avant les Etats-Unis et l'Europe.
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Un emballement de l'inflation est-il inévitable?
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Krach immobilier, crise économique - analyse de l'economiste : Erik IZRAELEWIC
Il y a urgence. Cette crise immobilière américaine a déjà contaminé la finance. Le risque, c’est qu’elle affecte maintenant la production, qu’après avoir touché les guichetiers des banques allemandes ou britanniques, elle n’ait maintenant des conséquences sur les informaticiens ou les ouvriers français. Alors, on l’a vu, la chute des prix du mètre carré aux Etats-Unis a déjà rendu là-bas de nombreux ménages insolvables. Elle a provoqué la faillite d’établissements financiers spécialisés, là-bas d’abord, ailleurs ensuite. Elle a mis en difficulté quelques grandes banques internationales. Plus personne ne veut prendre de risque, plus personne ne veut prêter de l’argent. Bref, ce krach immobilier a conduit à un gel des circuits financiers qui rend d’ores et déjà plus difficile le financement de la production. Face à cela, les banques centrales, américaine, européenne et ce week-end britannique, ont injecté massivement des liquidités. Pas pour sauver les spéculateurs mais pour permettre à l’économie de tourner. Si elles ne l’avaient pas fait, c’était l’étouffement assuré de l’activité, le voie directe vers une vaste récession mondiale.
Quelques industriels commencent quand même à ressentir les conséquences de ce krach immobilier. Jusqu’à présent, les industriels étaient restés sereins. Cette crise immobilière, c’était, pour eux, une affaire de financiers ; elle ne les concernait pas. Erreur. Certains commencent maintenant à en ressentir les effets. Ils ont d’abord, de manière générale plus de mal à trouver de l’argent pour financer leurs projets. Ils sont aussi, maintenant, directement affectés dans leurs carnets de commande. Exemple : l’immobilier américain s’effondre. C’est une chute de la construction, des achats de systèmes électriques donc. Cela ne peut pas ne pas avoir d’effet sur un groupe comme le français Schneider Electric, le leader mondial dans ce domaine. Il réalise aux Etats-Unis le tiers de ses ventes. La finance traverse une passe difficile. Elle est un gros client des SSII, des sociétés de services informatiques. Elles va y ralentir ses investissements. Une décision qui finira par affecter, tôt ou tard, les SSII du monde entier, le français Capgemini comme les autres. Bref, pour éviter que la crise immobilière ne débouche sur une récession mondiale, les banques centrales ont un rôle essentiel jouer. Un rôle inédit et difficile aussi. Ce n’est pas le moment de les déstabiliser. On pourra toujours les critiquer. Laissons-les d’abord éteindre l’incendie. On en reparlera, après.
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La titrisation - definitions-acteurs..
La titrisation est une technique financière qui consiste classiquement à transférer à des investisseurs des actifs financiers tels que des créances (par exemple des factures émises non soldées, ou des prêts en cours), en transformant ces créances, par le passage à travers une société ad hoc, en titres financiers émis sur le marché des capitaux.
Une telle titrisation s'opère en regroupant un portefeuille (c'est-à-dire un lot) de créances de nature similaire (prêts immobiliers, prêts à la consommation, factures mono-thématique, ...) que l'on cède alors à une structure ad hoc (société, fonds ou trust) qui en finance le prix d'achat en plaçant des titres auprès d'investisseurs. Les titres (obligations, billets de trésorerie, ...) représentent chacun une fraction du portefeuille de créances titrisées et donnent le droit aux investisseurs de recevoir les paiements des créances (par exemple quand les factures sont payées, ou quand les prêts immobiliers versent des mensualités) sous forme d'intérêts et de remboursement de principal.
La titrisation peut également viser à ne transférer aux investisseurs que le risque financier lié aux actifs concernés, auquel cas les actifs ne sont pas vendus, mais le risque ou partie du risque transféré grâce à une titrisation synthétique.
Née aux États-Unis dans les années 1960, la titrisation a connu une expansion importante également en Europe à partir de 2000, tandis que les produits et les structures devenaient de plus en plus complexes. En France, la titrisation a été introduite par la loi du 23 décembre 1988. Sous l'impulsion de Pierre Bérégovoy, l'idée était de faciliter le développement du crédit immobilier en permettant aux banques de sortir les créances de leurs bilans et d'améliorer leur ratio "Cooke". La crise des subprimes survenue en 2007 a provoqué un ralentissement du marché, tandis que les autorités de marché considèrent la question de savoir si la titrisation devrait être mieux encadrée
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Le G20, dernière chance de sauver l’économie mondiale ?
Les désordres financiers et monétaires de ces derniers mois n’ont été que les déclencheurs d’une série de crises économique, sociale et politique qui vont désormais structurer cette dernière phase de la crise systémique globale. Les conséquences les plus lourdes de la crise en termes humains, sociaux, économiques et politiques sont en effet devant nous, et non pas derrière nous.
UNE CRISE DE SOLVABILITE ET NON DE LIQUIDITES
Contrairement à ce que les dirigeants politiques mondiaux, à l’image de leurs banquiers centraux, semblent penser, le problème de liquidité qu’ils essayent de résoudre par des baisses historiques de taux d’intérêts et une création monétaire illimitée, n’est pas une cause mais une conséquence de la crise actuelle. C’est bel et bien un problème de solvabilité qui crée les « trous noirs » dans lesquels disparaissent les liquidités, qu’ils s’appellent bilans des banques, endettements des ménages, faillites d’entreprises ou déficits publics. Avec une estimation conservatrice des « actifs fantômes » mondiaux portée désormais à plus de 30.000 milliards USD, on peut considerer que le monde fait désormais face à une insolvabilité généralisée frappant évidemment en premier lieu les pays et les organisations (publiques ou privées) surendettés et/ou très dépendants des services financiers.
Cette distinction entre crise de liquidité et crise de solvabilité peut paraître très technique et finalement peu déterminante pour l’évolution de la crise en cours. Pourtant, elle n’a rien d’une querelle académique puisque, selon le cas, l’action actuelle des gouvernements et des banques centrales sera utile ou au contraire totalement inutile, voire dangereuse.
Un exemple simple permet de bien saisir l’enjeu. Si vous avez un problème transitoire de trésorerie et que votre banque ou votre famille accepte de vous prêter les fonds nécessaires pour que vous traversiez la passe difficile, leur effort est bénéfique pour tout le monde. En effet, vous continuez votre activité, vous pouvez payer vos employés ou vous-même, votre banque ou votre famille est remboursée (avec un intérêt sans aucun doute pour ce qui est de votre banque), et l’économie en général a bénéficié d’une contribution positive. En revanche, si votre problème n’est pas dû à un problème de trésorerie mais au fait que votre activité n’est pas rentable et ne peut pas le devenir dans les conditions économiques du moment, alors l’effort de votre banque ou de votre famille devient d’autant plus dangereux pour tout le monde qu’il a été important. En effet, selon toute probabilité, votre premier appel de fonds sera suivi par d’autres toujours assortis de promesses (honnêtes supposons-le) que la mauvaise passe est bientôt terminée. Votre banque ou votre famille seront d’autant plus incités à continuer à vous aider qu’ils risquent de perdre ce qu’ils vous ont déjà prêtés au cas où vous cesseriez votre activité. Mais si la situation continue à empirer, ce qui est le cas si c’est bien un problème de rentabilité, alors arrive un moment où certaines limites sont atteintes : d’une part, votre banque va décider qu’elle a plus à perdre à continuer de vous soutenir qu’à vous laisser tomber ; et d’autre part, votre famille n’a simplement plus d’argent disponible, car vous lui avez siphonné toute son épargne. Il apparaît à tout le monde que non seulement vous êtes en faillite et insolvable, mais que vous avez probablement entraîné votre famille dans la même situation ou affaibli votre banque. Vous avez porté ainsi un coup terrible à l’économie autour de vous, y compris à vos proches. Il est important de souligner que tout cela a pu se dérouler en toute bonne foi si un changement brutal d’environnement économique a bouleversé les conditions de rentabilité de votre activité sans que vous ayez pris conscience de l’ampleur des conséquences pour votre activité.
Ce exemple simple illustre parfaitement la situation qui prévaut en ce début d’année 2009 pour l’ensemble du système financier mondial, une part importante de l’économie de la planète et tous les acteurs économiques (Etats compris) qui ont fondé leur croissance de ces dernières années sur l’endettement. La crise a traduit et amplifié un problème de solvabilité globale. Le monde est en train de prendre conscience qu’il est beaucoup plus pauvre que la dernière décennie le lui avait laissé croire. Et 2009 est l’année qui va obliger tous les acteurs économiques à tenter d’évaluer concrètement l’état de leur solvabilité, sachant que nombre d’actifs continuent encore à perdre de la valeur. La difficulté est qu’un nombre croissant d’opérateurs ne font plus confiance aux indicateurs et instruments de mesure traditionnels. Les agences de notation ont perdu toute crédibilité. Le Dollar US n’est plus qu’une fiction d’unité de mesure monétaire mondiale dont nombre d’Etats tentent de se dégager au plus vite . Donc toute la sphère financière est à juste titre suspectée de n’être plus qu’un immense trou noir. Pour les entreprises, plus personne ne sait si les carnets de commande sont fiables puisque, tous secteurs confondus, les clients annulent massivement les commandes ou n’achètent plus, même quand les prix sont cassés, comme le confirme la forte baisse des ventes de détail de ces dernières semaines. Et pour les Etats (et autres collectivités publiques), c’est dorénavant l’effondrement des recettes fiscales qui fait craindre une envolée des déficits pouvant entraîner là aussi des faillites. D’ailleurs, des milliardaires russes aux pétromonarchies du Golfe arabique en passant par l’Eldorado commercial chinois , ce sont toutes les « poules aux œufs d’or » des entreprises et des établissements financiers de la planète (et notamment européennes, japonaises et nord-américaines ) qui s’avèrent désormais insolvables ou tout juste solvables. La question de la solvabilité de l’état fédéral et des états fédérés américains (comme de celle de la Russie ou du Royaume-Uni) commence d’ailleurs également à être posée dans les grands médias internationaux ; tout comme d’ailleurs celle des grands fonds de pension par capitalisation, grands acteurs de l’économie globalisée de ces vingt dernières années.
UN SYSTEME GLOBAL ECONOMIQUE EN TRAIN D EXPLOSER
On peut defnir des anticipations sur la période 2008-2013 en distinguant 6 groupes de pays caractérisés par un impact différencié des 4 séquences spécifiques de cette phase : crise financière, crise économique, crise sociale et crise politique.
En effet, si les trois premières phases de la crise étaient essentiellement communes à l’ensemble de la planète puisqu’elles affectaient le même système global issu de l’après 1945 et de l’après 1989, la quatrième phase se déroule de façon très différenciée selon les pays et la nature de l’impact que la crise a eu sur eux. Le choc fut commun mais les réponses et les parcours à venir sont différents. Ils constituent d’ailleurs le processus de réorganisation du système global et préfigurent les nouveaux équilibres qui vont se mettre en place au cours de la décennie prochaine.
L’ampleur des conséquences de la phase d’impact de la crise sur les différents pays de la planète est fonction de leur degré de résistance à l’explosion du « détonateur financier » qui a eu lieu depuis plus d’un an. Plus un pays est « immune » face à ce choc financier, mieux il traversera cette crise : on peut définir 7 critères précis permettant de mesurer le degré d’ « immunité » au « détonateur financier » :
. Part du secteur financier dans l’économie
. Part des services dans l’économie
. Degré d’endettement des ménages
. Qualité des actifs du système financier et des ménages
. Montant relatif des déficits publics (toutes collectivités publiques cumulées, y compris comptes sociaux)
. Montant relatif des déficits extérieurs (commerciaux et paiements)
. Part des retraites par capitalisation dans l’ensemble des retraites du pays.
VERS LA DISLOCATION DU SYSTEME ECONOMIQUE MONDIAL
La zone 1 regroupe les pays pour lesquels les 7 critères montrent sans exception une absence totale d’ « immunité » à la crise financière. On y trouve les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Islande. Dans cete zone, on peut prevoir une profnde crise économique et sociale qui pourrait durer de 5 à 10 ans.
La zone 2 rassemble les pays pour lesquels 5 ou 6 critères montrent une forte sensibilité au « détonateur financier ». On y trouve ainsi des pays nord américains (Canada et Mexique) ou européens (Suisse, pays baltes, Espagne). Dans cette zone, on peut prévoir une forte crise économique qui pourrait durer de 3 à 5 ans.
La zone 3 intègre les pays pour lesquels 4 critères indiquent une forte sensibilité à la crise financière. On y trouve ainsi l’essentiel de l’Asie, les Pays-Bas, la Belgique, la Scandinavie.
Dans cette zone, on peut prévoir une récession économique qui pourrait durer de 2 à 3 ans.
La zone 4 regroupe les pays pour lesquels seuls 3 critères indiquent une forte sensibilité au choc financier. On y trouve l’essentiel de la zone Euro, des nouveaux Etats membres de l’UE et les principales économies d’Amérique latine. Dans cete zone, on peut prévoir une stagnation économique qui pourrait durer de 2 à 3 ans.
La zone 5 est particulière car elle rassemble des pays caractérisés par un huitième critère qu’il est apparu cohérent et pertinent d’appliquer dans cette analyse, à savoir le degré de dépendance politique, militaire et financière aux pays de la zone 1. Très simplement, ce sont les pays qui seront affectés très directement en terme notamment de stabilité politique par les graves conséquences de la crise sur les pays de la zone 1 : par exemple, une forte réduction des aides militaires, une suppression de l’aide alimentaire,... On y trouve aussi bien les pays pétroliers du Golfe Persique que Taïwan ou la Colombie. Dans cete zone, on peut prévoir une récession économique accompagnée d’une instabilité politique qui pourrait durer de 2 à 3 ans.
La zone 6 regroupe les pays pour lesquels la crise financière n’a qu’un impact mineur ou très indirect car ces pays ont une économie trop peu développée. On y trouve la plupart des pays en voie de développement. Impact marginal de la crise dans cette zone.
TENTATIVES DE DESTABILISATION AVANT LE G20
Pour sauver un monde qui n’a plus lieu d’être les USA tentent de déstabiliser les autres acteurs économiques en particulier la zone économique européenne.
Le premier élément de déstabilisation a été la soi-disant « bombe bancaire est-européenne » qui a envahi les médias depuis environ un mois.
Si ce sujet paraît pertinent c’est qu’il représente une tentative délibérée de la part de Wall Street et de la City de faire croire à une fracture de l’UE et d’instiller l’idée d’un risque « mortel » pesant sur la zone Euro, en relayant sans discontinuer de fausses informations sur le « risque bancaire venu d’Europe de l’Est » et en tentant de stigmatiser une zone Euro « frileuse » face aux mesures « volontaristes » américaines ou britanniques. L’un des objectifs est également de tenter de détourner l’attention internationale de l’aggravation des problèmes financiers à New-York et Londres, tout en affaiblissant la position européenne à la veille du sommet du G20.
L’idée est brillante : reprendre un thème déjà bien connu des opinions publiques, assurant ainsi une adhésion facile au nouveau contenu ; y intégrer une ou deux analogies frappantes pour assurer une large reprise dans les médias et sur l’Internet (faites « crise bancaire europe est » sur Google, le résultat est éloquent) ; puis utiliser le concours de quelques hommes et organisations liges influentes toujours disponibles pour un mensonge supplémentaire. Avec un tel cocktail, il est même possible de faire croire pour un temps que la guerre en Irak est un succès, que la crise des subprime n’affectera pas la sphère financière, que la crise financière n’affectera pas l’économie réelle, que la crise n’est pas vraiment grave, et que si elle est grave, tout est en fait sous contrôle !
Alors en ce qui nous concerne ici, le thème déjà bien connu, c’est la « séparation entre la « Vieille Europe » et la « Nouvelle Europe », entre une Europe riche et égoïste et une Europe pauvre et pleine d’espoir. De Rumsfeld pour l’Irak au Royaume-Uni pour l’élargissement, c’est une antienne qui a nous a été répétée sans discontinuité pendant dix ans par tous les médias anglo-saxons et affidés, et dont en particulier certains médias britanniques se sont faits une spécialité .
Les analogies sont ici au nombre de deux : l’Europe de l’Est, c’est « la crise des subprime de l’UE » (sous-entendu, chacun a forcément une crise de subprime chez soi ) ; et une crise en Europe de l’Est aura le même effet terrible que la Crise asiatique de 1997 (sûrement parce que tout ça se passe à l’Est ).
Et les relais disponibles sont nombreux. Tout d’abord, on trouve une agence de notation, en l’occurrence Moodys (, qui comme ses congénères, est d’une part au service intégral de Wall Street, et d’autre part incapable de voir un éléphant dans un couloir (ils ont juste raté les subprimes, les CDS, Bear Stearn, Lehman Brothers, AIG, ….). Mais, mystérieusement, la presse financière continue à relayer leurs opinions, appliquant sûrement un principe plein d’humanité consistant à penser qu’un jour par simple hasard statistique ils finiront pas évaluer quelque chose correctement. Dans notre cas, l’écho fut unanime : Moodys avait identifié bien à l’avance une énorme « bombe » cachée dans l’arrière-cour de la zone Euro (car c’est bien de l’Euro qu’il s’agit ici) … qui ne manquerait pas de dévaster le système financier européen.
Ensuite, pour crédibiliser la chose, on utilise quelques médias viscéralement anti-Euro (comme le Telegraph par exemple, qui par ailleurs produit pourtant de très bonnes analyses sur la crise, mais que la chute de la Livre et de l’économie britannique a tendance à aveugler ces temps-ci en ce qui concerne la zone Euro) et on diffuse une information qu’on supprime ensuite (car elle est inexacte) pour lui donner le sel de l’interdit, du secret qui dévoilerait un « tsunami financier » mondial en préparation notamment du fait des engagements des banques de la Vieille Europe dans le secteur financier de la Nouvelle Europe. On remue tout cela chaque jour via les principaux médias financiers américains et britanniques, sachant que les autres suivront par habitude. Et avec l’UE c’est tellement facile puisqu’il lui faut toujours un long moment pour comprendre et encore plus de temps pour réagir, avec l’inévitable dissension qui permet de faire rebondir la manipulation. Cette fois-ci, c’est le Premier Ministre hongrois, Ferenc Gyurcsany, qui joue le rôle du « pauvre petit nouvel Européen martyr ». Pour mémoire, les Hongrois tentent en vain de se débarrasser de lui depuis qu’il a involontairement avoué il y a 2 ans avoir menti à son peuple pour se faire réélire, en confirmant dans la foulée qu’il avait endetté son pays au-delà de toute limite raisonnable. Et c’est lui qui annonce des chiffres délirants pour un plan de sauvetage du système financier de l’Europe de l’Est, mettant à nouveau en position de « méchants » ou d’ « inconscients » les vieux Européens. Le refus de ces derniers est mis en exergue par l’ensemble de la presse américaine et britannique, concluant bien entendu à l’inévitable échec de la solidarité européenne, … et minorant (ou oubliant même parfois) le fait que ce sont les Polonais ou les Tchèques qui ont été les plus virulents contre les exigences aberrantes du Premier Ministre hongrois. La tentative d’affaiblir la zone Euro et l’UE par l’Est peut donc se poursuivre. Il faut attendre les déclarations répétées des dirigeants de la zone Euro, l’annonce d’un plan de soutien financier substantiel (au regard des risques réels) et les communiqués musclés des dirigeants politiques et des banquiers centraux de la région pour que cette manipulation commence à perdre un peu de sa vigueur. Mais elle n’a toujours pas disparu, car le parallèle est maintenu dans les médias mentionnés entre crise des subprime et crise de l’immobilier en Europe de l’Est ; comme si la Hongrie équivalait à la Californie, ou la Lettonie à la Floride.
G20 : QUELLES SOLUTIONS ?
1. Une nouvelle monnaie de référence !
Le premier conseil se résume à une idée très simple : la clé de la crise actuelle se trouve dans la réforme du système monétaire international hérité de l’après-1945 afin de créer une nouvelle devise internationale de référence. Le Dollar américain et l’économie des Etats-Unis ne sont plus en mesure d’être les piliers de l’ordre économique, financier et monétaire mondial. Tant que ce problème stratégique n’est pas abordé directement, puis traité, la crise s’approfondira car il est au coeur des crises des produits financiers dérivés, des banques, des prix de l’énergie, … et de leurs conséquences en terme de chômage massif et de baisses des niveaux de vie. Il est donc vital que cette question soit l’objet principal du Sommet du G20 de Londres et que les premiers éléments de solution y soient lancés. La solution à ce problème est d’ailleurs bien connue : il s’agit de créer une devise de référence internationale (qu’on pourrait appeler le « Global ») fondée sur un panier de monnaies correspondant aux principales économies de la planète, à savoir le Dollar US, l’Euro, le Yen, le Yuan, le Khaleel (monnaie commune des etats pétroliers du Golfe qui sera lancée au 1er Janvier 2010), le Rouble, le Real, … . et de faire gérer cette devise par un « Institut Monétaire Mondial », dont le Conseil d’ Administration reflète les poids respectifs des monnaies composant le « Global ». . Avec une application rapide, car c’est le seul moyen de reprendre l’initiative sur le temps de déroulement de la crise. Et c’est le seul moyen de concrétiser la mise en oeuvre d’une globalisation partagée, en en partageant la monnaie qui est au coeur de toute activité économique et financière.
2. Contrôler l’ensemble des banques au plus vite !
Le second conseil est déjà largement évoqué dans les discussions préalables à votre réunion. Il devrait être donc aisé de l’adopter. Il s’agit de mettre en place d’ici la fin 2009 un système de contrôle des banques à l’échelle mondiale qui supprime tout « trou noir ». Plusieurs options vous sont déjà proposées par les experts. Tranchez dès maintenant. Nationalisez au plus vite quand il le faut ! C’est en tout cas le seul moyen de prévenir un nouvel endettement massif des établissements financiers comme celui qui a contribué à la crise actuelle ; et de montrer aux opinions publiques que vous êtes crédibles face aux banquiers.
3. Rassurer la population mondiale tout simplement !
Pour terminer, rappelons que restaurer la confiance chez 6 milliards de personnes, et des dizaines de millions d’institutions publiques et privées est indispensable.
Alors, chers décideurs politiques, à l’issue du G20, n’oubliez pas de rédiger un communiqué court, qui ne fasse pas plus de deux pages, qui ne contienne pas plus de trois ou quatre idées centrales et qui soit lisible par des non-experts. Sinon, vous ne serez pas lu hors du cercle étroit des spécialistes et vous ne pourrez donc pas ressusciter la confiance du plus grand nombre condamnant ainsi la crise à s’aggraver. Si cette lettre ouverte vous aide à sentir que l’Histoire vous jugera pour ce que vous aurez réussi à faire ou pas lors de ce Sommet, alors elle n’aura pas été inutile. Sachez simplement, que , vos peuples respectifs n’attendront pas plus d’une année pour vous juger.
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Plus de relance, mieux coordonnée ?
L'efficacité de la coordination est une évidence, si l'on veut une relance mondiale. "Si les citoyens des autres pays ne peuvent pas consommer, les marchés se tarissent", soulignait le président des Etats-Unis, Barack Obama, rappelant la chute récente des exportations américaines (Le Monde du 25 mars).
L'erreur d'une relance non coordonnée, comme l'a vécue la France en 1981, lorsque les mesures de soutien à la demande française ont essentiellement profité aux importations allemandes, est toujours dans les esprits. Il faut donc éviter les mesures asymétriques pour ne pas affaiblir l'impact des plans de relance. "On ne tient pas assez compte des effets de la non-coordination sur les autres", prévient Christian de Boissieu, président du Conseil d'analyse économique. Surtout lorsque personne ne sait quand s'arrêtera la dégradation de la situation économique. Le Fonds monétaire international (FMI) annonce désormais une récession mondiale de 0,5 % à 1 %, et l'Organisation mondiale du commerce (OMC) un recul de 9 % des échanges internationaux pour 2009.
Pourtant, au niveau mondial, les plans ne sont coordonnés ni dans leur nature - le Japon privilégie la demande, la Chine l'offre -, ni dans le temps - les plans chinois et japonais sont entrés en vigueur tandis que l'Europe avance à petits pas -, ni dans leur volume.
Le plan américain représente 5,5 % du produit intérieur brut (PIB) pour 2009-2011, le Japon, avec son troisième plan annoncé fin mars, prévoit de dépenser plus de 5 % du PIB sur deux ans, le FMI estime la relance de la Chine à 4 % du PIB sur la même période, tandis que l'Union européenne n'avance que 3,3 % du PIB. Les plans américain et asiatique sont très ambitieux car leurs économies "ont été plus tôt et plus gravement atteintes par la crise", explique Alexandra Roulet, de l'Institut Thomas-More.
Les Américains réclament donc plus de relance aux Européens pour arrêter l'incendie. "Nous devons agir rapidement sur le crédit et contre le chômage, prendre des mesures de court terme, et pas seulement aux Etats-Unis", déclarait le 17 mars à Paris Bart Van Ark, vice-président de l'institut de conjoncture américain privé Conference Board.
L'administration américaine avait invité Bruxelles à accentuer sa participation à l'effort mondial, insistant sur la nécessité d'un plan Marshall pour l'Europe centrale, avant que la dégradation économique n'ait dégénéré en crise politique. "Nous vivons une période de défis économiques mondiaux auxquels on ne peut répondre par des demi-mesures", insiste M. Obama.
Mais les Vingt-Sept réunis en sommet à Bruxelles les 19 et 20 mars ont rejeté cette idée. Sans toutefois exclure que, si la situation se dégrade, il faille faire plus. Mais les dirigeants européens parient sans doute sur le fait que les signes de reprise vont se multiplier, et préfèrent attendre l'effet des plans déjà adoptés, sans aggraver davantage les déficits. "Je suis tout à fait opposé à ce que nous, Européens, "suivions" le souhait américain d'avoir des programmes de relance encore plus massifs", a ainsi déclaré le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. Les plans actuels "sont suffisants et il faut d'abord les laisser produire leurs effets", a renchéri la chancelière allemande, Angela Merkel. Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, est convaincu que la crise est au creux de la vague ; il recommande surtout de mettre en oeuvre "aussi rapidement que possible" les mesures déjà décidées.
L'Union européenne n'a pas non plus la même liberté d'action pour financer ses plans que les Etats-Unis. "Les Américains créent la monnaie dans laquelle ils financent leur déficit", rappelle M. de Boissieu. La Réserve fédérale a décidé, le 18 mars, de racheter 300 milliards de dollars (221 milliards d'euros) de bons du Trésor au cours des six prochains mois, ce qui leur permet de financer une relance historique de 787 milliards de dollars.
Quand bien même les Européens feraient le choix politique d'aggraver leur déficit pour financer une relance exceptionnelle au vu de la gravité de la crise, la BCE n'a pour l'instant pas cette liberté. L'Union européenne n'a pas de ministre de l'économie. Chaque Etat membre ne dispose que de sa marge de manoeuvre nationale, qui dépend encore de la note souveraine attribuée par les agences de notation. Au Parlement européen, la députée socialiste Pervenche Berès estime que "le refus de créer des emprunts communautaires comme source de financement potentiel de la relance est l'expression première de l'absence de coordination au sein des Vingt-Sept".
Faute de réelle coordination mondiale sur les plans de relance, en cette veille de G20, la priorité des Européens reste donc la réforme de la régulation financière, qui est pour eux la faute originelle de cette crise.
Anne Rodier
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ISRAËL BOYCOTT : 21 % des exportateurs israéliens affirment être confrontés à un boycott de leurs produits.
C’est ce qu’a indiqué Yaïr Rothlevy, le président de la commission du commerce avec l’étranger au sein de l’Union des industriels, en se fondant sur un sondage réalisé auprès de plus de 90 exportateurs des domaines du High Tech, des métaux et de l’électricité, des produits de construction, de la chimie, de la pharmaceutique, du textile et de l’alimentation.
Rothlevy a ajouté qu’en plus, 53 % des exportateurs israéliens avaient perdu des marchés et des clients à l’étranger à cause de la crise économique.—
Source: IsraelValley et Aroutz 7
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Crise monétaire : qui est vraiment responsable ?
J'avais lutté à l'époque contre le traité de Maastricht, qui créait l'euro et donnait l'indépendance à la Banque centrale européenne, pour deux motifs principaux, dont je pense qu'ils restent fondés.
Le premier était la difficulté de confier à deux responsables différents une moitié de politique économique, alors que l'idéal est de concentrer toutes les responsabilités dans les mêmes mains, de façon à jouer en même temps sur les deux leviers, de la politique budgétaire et de la politique monétaire, au lieu de les séparer et de priver ainsi, pour illustrer ce propos, un chef d'orchestre, de la direction des cordes, alors qu'il conserverait celle des cuivres ou inversement.
La seconde raison était que la création d'une monnaie unique ne pouvait être un succès total que si les pays qui l'utilisaient correspondaient à un ensemble homogène et susceptible de répondre aux besoins de chaque entité nationale par des mécanismes de solidarité financière et fiscale satisfaisants.
Les pratiques des banques commerciales
Dès lors, les causes de la crise monétaire actuelle tiennent-elles en tout ou en partie à ces difficultés d'origine, et plus spécialement à l'action de la Banque centrale européenne dans sa politique monétaire ? Je ne le crois pas. La crise est venue en revanche d'une transformation complète du rôle et des méthodes des banques commerciales et d'affaires.
Depuis des années, de nombreux experts signalent qu'alors même que les banques ont amélioré de façon très sensible le contrôle interne de leurs risques grâce notamment en France à l'action de la Banque de France, de nouveaux types de risques sont apparus qui eux, sont mal connus, mal évalués et peu contrôlés. Il s'agit d'une part d'opérations de technique essentiellement mathématique de plus en plus complexes et qui ne peuvent être maîtrisées que par quelques spécialistes opérateurs et non par les contrôleurs de back-office.
Il s'agit, d'autre part, d'opérations de plus en plus risquées mais plus rentables, consistant à transférer les risques pris par une banque ou un acteur institutionnel important, censé être bien informé sur le risque pris, à des financeurs généralement quelconques, mais moins ou non informés, institutions ou particuliers, par des méthodes dites de titrisation.
Cette dissémination des risques présente l'avantage d'éviter de trop grandes concentrations pouvant mener à la faillite d'unités importantes, mais elle présente l'inconvénient de polluer de façon souvent inconsciente l'ensemble du système monétaire mondial, comme on l'a vu récemment.
Le problème n'est donc pas ici des effets d'une politique monétaire qui aurait été mal menée, mais d'une absence de contrôle de la part des autorités financières, et sans doute d'une certaine complaisance de la part des agences de notation vis-à-vis de ces risques transférés.
De même, on ne peut donc imputer à l'action de la BCE les problèmes de parités monétaires et d'euro fort. En effet, les Etats-Unis se sont installés dans un système facilité par les Banques centrales des pays émergents, de déficit commercial excessif et constant, financé par les émissions de dollars acceptées par les Banques centrales des pays exportateurs nets, comme la Chine et d'autres pays asiatiques ou les pays producteurs de pétrole et de gaz.
Dans le même temps, la Banque centrale japonaise, très proche des autorités politiques de son pays, poursuit sa politique constante de sous-évaluation du yen - dont même ses voisins se plaignent - pour faciliter les exportations industrielles de ses entreprises.
Les critères de la BCE
Quant à la BCE, ayant le privilège de suivre son action par l'intermédiaire d'un comité consultatif de la Banque de France, je peux confirmer qu'elle ne prend pas ses décisions en considération simplement des menaces d'inflation, mais en étudiant toutes les données concernant la croissance et l'emploi dans les différents pays de la zone euro. En outre, sa politique monétaire a été, jusqu'à présent au moins, relativement accommodante, et c'est plutôt du côté de la coordination des politiques budgétaires insuffisantes des pays concernés qu'il faut rechercher les causes des difficultés actuelles de croissance.
La nouvelle majorité en France s'attaque à nos problèmes structurels, c'est ainsi que l'économie ira mieux. Il reste néanmoins en France une préoccupation majeure, celle du déficit budgétaire, combiné à l'importance des prélèvements publics et de l'endettement du pays.
Nous n'avons pas su, dans les périodes de grande croissance, constituer les réserves nécessaires et les marges de manoeuvre souhaitables pour faire face aux périodes de stagnation, et il est donc très difficile de trouver actuellement les moyens de faire face à l'ensemble des besoins de développement du pays.
Quoi qu'il en soit et quant à la crise monétaire actuelle, tout en sachant que les situations économiques étaient différentes aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et dans la zone euro, saluons la décision de la FED américaine, considérons que la BCE a bien rempli son rôle et étonnons-nous de l'action inopportune et tardive de la Banque centrale anglaise.
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De la crise des subprimes au « New Deal Vert »
Aussitôt, économistes et journalistes de parler « d’une crise financière qui ne manquera pas d’avoir des effets dans l’économie réelle ». En réalité, cette crise financière, dite crise des subprimes, se développait depuis la fin du printemps 2007, et, quelles que soient les imprudences commises par les financiers, il était bien clair que, tout au contraire, c’était l’économie réelle, dans sa dimension la plus matérielle (la production d’énergie et de nourriture, le partage des revenus), qui en était à l’origine. Au fond, la crise des subprimes ouvre la grande crise du modèle de développement capitaliste dominant à l’échelle de la planète depuis les années 1980. Modèle à la fois libéral et productiviste, c’est à dire littéralement insoutenable. Sortir de cette crise implique à la fois de sortir du libéralisme et d’opter pour des modes de production et de consommation compatibles avec l’équilibre de l’écosystème planétaire, alternative dont on peut déjà dessiner les grandes lignes.
I - La crise des subprimes : crise sociale et écologique
Dans les années 1980 se met en place, dans les pays anglo-saxons et bientôt sur la plus grande partie de la planète, un modèle de développement capitaliste répudiant les compromis sociaux (conventions collectives, sécurité sociale) qui avaient régulé le modèle mis en place après la seconde guerre mondiale et que certains économistes appelaient « fordisme ». La mondialisation, non seulement du commerce des matières premières et des biens finaux (mondialisation qui remonte à l’Antiquité) mais dorénavant du capital et du rapport salarial lui-même, est utilisée pour mettre en concurrence les sites de production et donc les travailleurs du monde entier. Cette concurrence permet certes à de nouveaux pays industrialisés d’émerger dans l’ancien Tiers-monde, et finalement à d’antiques puissances commerciales, la Chine et l’Inde, qui avaient été balayées aux XVIII et XIXe siècle par la concurrence occidentale, de ré-émerger dans la compétition mondiale. Mais, socialement, le résultat en est une polarisation vertigineuse de la richesse vers les classes dominantes nord-occidentales, mais aussi, et c’est nouveau, vers les classes moyennes des pays émergents de l’ex-Tiers-monde, avec une baisse relative mais marquée du pouvoir d’achat du salariat à l’échelle mondiale, et donc une crise latente de sous-consommation (ou de surproduction) mondiale. Ainsi, aux États-Unis, le salaire réel de 1997 est resté au niveau de celui de 1979, cette moyenne cachant elle-même un appauvrissement plus prononcé des couches les plus précaires, appauvrissement encore aggravé par la dissolution des liens familiaux.
Or, le modèle de développement de l’après-guerre, le « fordisme », avait promis aux salariés américains la propriété de deux biens d’équipement lourds : le logement et l’automobile. Il l’avait pu grâce à une « régulation du rapport salarial » (salaire, temps de travail, conditions de licenciement, sécurité sociale). La nouvelle prolifération des travailleurs pauvres et précaires aux États-Unis contrevenait à cette norme instituée. La solution du problème fut trouvée dans l’endettement général des ménages et les baisses d’impôts, qui aboutirent elles-mêmes à l’endettement des collectivités publiques. Des couches sociales aux revenus de plus en plus faibles et incertains se virent ainsi offrir des crédits à taux d’intérêt élevé, parce qu’assez risqués : les crédits subprimes, gagés sur la valeur des logements achetés à crédit et hypothéqués.
Parallèlement, l’enrichissement des plus riches et l’accès des classes moyennes des pays émergents aux normes de consommation de type nord-occidental accélérait une crise écologique mondiale, déjà latente à la fin du XXe siècle, mais qui, brusquement, prenait la forme d’une raréfaction des biens essentiels : l’énergie et l’alimentation. Le pétrole se fit rare et cher, et donc aussi le carburant permettant aux salariés pauvres de se déplacer et de se chauffer. Et en même temps, les perturbations climatiques provoquées par l’augmentation de l’effet de serre, les tensions provoquées sur les marchés par la transformation des habitudes de consommation des classes moyennes émergentes se tournant vers l’alimentation carnée (il faut de 15 à 20 fois plus de surface agricole pour produire un kilo de protéines animale qu’un kilo de protéines végétales dans l’alimentation humaine), et enfin les propres méthodes par lesquelles le productivisme cherchait à pallier la raréfaction du pétrole, c’est à dire l’affectation de terres à la production d’agrocarburants, provoquèrent une hausse brutale du prix des aliments au cours des années 2006-2007.
Ainsi, au moment même où les salariés pauvres américains avaient de plus en plus de mal à payer leurs logements, ils devaient consacrer une part croissante de leurs revenus au chauffage, à l’alimentation et aux déplacements domicile-travail. Ils firent massivement défaut dans le remboursement de leurs crédits immobiliers, provoquant la faillite des établissements bancaires qui leur avaient fait crédit. Or, les titres sur ces crédits avaient été revendus, selon des schémas financiers complexes et opaques, contaminant ainsi la totalité de la sphère financière mondiale.
II - La crise globale du libéral-productivisme
Pour anecdotique qu’il soit, le déclenchement de la crise mondiale par une crise sur le marché hypothécaire américain est donc hautement significatif. Il signe l’insoutenabilité du modèle de développement en vigueur (production, distribution des revenus et modes de consommation) et, s’il prend la forme d’une crise financière, c’est que cette insoutenabilité avait été longtemps masquée par des mécanismes de crédit de plus en plus sophistiqués.
Le crédit permet en effet de rendre soutenable ce qui ne l’est pas, en permettant à un ménage, une collectivité locale, voire un pays entier, de « vivre au dessus de ses moyens », de consommer plus qu’il ne peut gagner d’année en année. Mais pas partout et pas indéfiniment ! Selon la définition onusienne, est soutenable un modèle de développement qui « satisfait les besoins d’une génération, à commencer par ceux des plus démunis, sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs ». Le modèle libéral-productiviste, fondé sur la destruction des institutions qui régulaient les rapports salariaux comme les marchés agricoles, institutions établies dans les années 1940-1950, avait priver « les plus démunis » de la garantie de satisfaire leurs besoins fondamentaux, qu’il s’agisse des salariés urbains ou des petits paysans du Tiers-monde. C’est son aspect « néo-libéral ». Mais son aspect « productiviste », hérité du modèle fordiste de l’après-guerre, s’était néanmoins poursuivi à crédit, brûlant plus que jamais l’énergie fossile, et cherchant en fin de période à étendre son empire sur la biomasse. Seule l’énergie nucléaire avait marqué un temps d’arrêt, ses risques insurmontables ayant été signifiés par l’accident de Tchernobyl (qui contribua largement à mettre à bas l’Union soviétique) et par l’impossibilité de régler la question des déchets, ou d’enrayer les risques de prolifération vers le nucléaire militaire (comme les crises du nucléaire nord-coréen et iranien l’avaient montré).
En réalité, dès l’année 2006-2007, l’insoutenabilité du modèle avait éclaté à la fois du côté social (émeutes de la faim dans les pays les moins avancés) et du côté écologique (impossibilité d’enrayer la montée de l’effet de serre malgré la convention sur le changement climatique pourtant signée par tous les pays du monde en 1992). Les rapports des experts étaient si alarmants que les compagnies d’assurance répugnaient de plus en plus à assurer les risques environnementaux à long terme. La crise de septembre 2008 n’a donc fait que précipiter une situation d’insoutenabilité qui était évidente, pour les plus clairvoyants, depuis plusieurs années.
Comme il arrive toujours dès lors que le crédit, en tant que confiance dans l’avenir, est ébranlé, la prise de conscience de la crise précipite la crise elle-même : dès la fin de l’année 2008, ce n’est plus seulement faute de crédit à la consommation que s’écroule l’industrie automobile, mais parce que les consommateurs ont pris conscience que l’ère de la grosse voiture gourmande en carburant est terminée. Étant donné le poids que le secteur automobile avait pris depuis plus de 50 ans dans la vie économique, c’est donc tout le modèle industriel qui est remis en cause.
Cette crise a bien des points communs avec celle de 1929, du fait de son caractère de crise d’un modèle libéral : la hiérarchie des revenus était devenue en 2007 plus distendue qu’en 1928, et la masse mondiale des consommateurs pauvres n’offrait plus une demande suffisante face au flux exponentiel de la production industrielle mondiale, désormais étendue à la quasi totalité de la planète (hormis l’Afrique). Mais, contrairement à 1929 , où les matières premières restaient si abondantes qu’il fallut les brûler dans des locomotives, la crise écologique se surajoute paradoxalement à la crise de surproduction des biens manufacturés, comme « crise de rareté » des biens fodamantaux. Les deux crises se combinent (on l’a vu dans le cas particulier des travailleurs pauvres américains) : alors que le pouvoir d’achat des travailleurs croissait tout de même à la fin d’un boom dans le libéralisme classique, cette fois-ci il s’effrite du fait de la hausse des prix des produits de première nécessité (famines et pénuries d’énergie), comme dans les crises de rareté « à l’ancienne », dues à de mauvaises récoltes, qui se succédèrent au XVIIIe siècle et jusqu’en 1848.
C’est ce double aspect de la crise, crise sociale du libéralisme, crise écologique du productivisme, qu’il faudra donc traiter, au-delà de la crise du crédit.
III – Quelques pistes pour une issue
La simple analyse de la crise désigne évidemment des solutions, par inversion des caractéristiques du modèle en crise. À un libéralisme excessif doit succéder un modèle plus dirigiste, mieux planifié, mieux « régulé ». À un productivisme doit succéder un modèle plus sobre, moins intensif en intrants (en matière première et en énergie), et donc plus intensif en travail, particulièrement en travail qualifié.
Sur le premier point (le règlement de la crise sociale par une meilleure régulation du rapport salarial), les solutions semblent évidentes, par simple reproduction des solutions des années 1930-1940 : un New Deal social, la reconstitution d’un État-providence à couverture universelle et de conventions collectives empêchant la concurrence désastreuse des travailleurs entre eux. Mais immédiatement deux différences sautent aux yeux.
La première est la fameuse mondialisation. Dans les années 1930-1940, les projets politiques visant à établir des formes de régulation du rapport salarial, qu’elles soient autoritaires (fascisme, stalinisme) ou plus démocratiques (social-démocratie), disposaient d’un espace politique à l’échelle de l’espace économique qu’il fallait réguler : l’État national. Significativement, la révolution fordienne (ou rooseveltienne, ou keynésienne, ou social-démocrate…) commence dans le plus vaste des espaces politiques capitalistes, les États-Unis d’Amérique. L’expérience montra ensuite qu’une vague coordination des politiques nationales des petits et moyens pays, dans le Marché Commun européen, suffisait à assurer une croissance parallèle de la production et de la consommation. Au moins de 1957 à 1975. Aujourd’hui, des conventions collectives ou des systèmes de sécurité sociale ne peuvent se contenter d’espaces politiques aussi restreints, alors que le rapport salarial est, lui, globalisé. Inversement, songer à créer une République universelle capable d’imposer de tels compromis sociaux relève, pour le début de ce siècle, de la pure utopie. Un tel espace politique n’existe tout simplement pas, et, quand bien même il existerait, il aurait le plus grand mal à édicter des règles communes pour des classes ouvrières aux conditions de travail et de rémunération aussi éloignées que celles du Bengladesh et de la Suède.
Il est donc probable que l’espace de régulation du rapport salarial sera, au moins pour le prochain modèle de développement (c’est à dire le prochain quart de siècle), de dimension continentale, c’est à dire ni nationale, ni globale. Seront avantagés dans ce cas les grands ensembles déjà fédérés (Etats-Unis d’Amérique, Chine, Inde) ou cherchant à se constituer malgré les crispations « souverainistes nationales » (Union européenne).
La deuxième différence est que la crise écologique, elle, ne connaît pas de frontières. Les conflits sur l’usage des terres, entre ses usages pour l’alimentation (végétale ou carnée) et industriels (fibres, agrocarburants), sans oublier la nécessité de préserver la biodiversité (mécanisme immunitaire de la planète), se traduisent déjà directement en tensions sur les marché internationaux de biens de première nécessité. Quant aux pollutions résultants de la production et de la consommation, tout particulièrement les gaz à effet de serre, elles ne connaissent pas plus de frontières que le nuage radioactif de Tchernobyl. Les crises écologiques globales ne peuvent être contrées que par des accords internationaux, ce qui suppose un accord entre les grands pôles de l’économie mondiale.
Ces accords (du type post-Kyoto sur le climat) viendront alors conditionner fortement les New Deal sociaux continentaux. Une meilleure répartition du revenu ne pourra plus se traduire dans un modèle de consommation lui-même dispendieux en matières premières, déchets et pollutions diverses, comme le fut le « fordisme » qui, comme son nom l’indique, payait mieux les ouvriers afin qu’ils achètent des voitures. Le nouveau New Deal devra être intrinsèquement vert, continent par continent, c’est à dire politiquement orienté vers des modèles de production et de consommation peu consommateurs de matières premières et d’énergie et peu producteurs de déchets. Ce qui implique d’ailleurs qu’ils seront vraisemblablement (en vertu d’un principe de substitution déjà repéré par les économistes classiques du XIXe siècle) beaucoup plus intensifs en travail. Le New Deal vert sera extrêmement créateur en emplois, puisqu’il substituera, par exemple, à une agriculture industrielle une agriculture biologique, et à la production industrielle et automatisée d’énergie le colmatage industrieux des gaspillages d’énergie. Il est évident également que ce modèle, fondé sur l’ingéniosité du travail, devra se libérer des carcans qu’oppose la rente de « propriété intellectuelle » à la mise en bien commun des créations intellectuelles collectives. Le New Deal vert sera un modèle avec coopération de travailleurs qualifiés, et gratuité d’une part importante de leurs échanges, dont les succès du « logiciel libre » donne un modèle réduit.
Enfin, et cela pour des raisons largement indépendantes des contraintes écologiques (sauf à nouveau hélas en ce qui concerne l’Afrique ravagée par le Sida), et plutôt liées à l’émancipation des femmes, l’humanité est entrée dans une transition démographique brutale, qui stabilisera sans doute sa population aux alentours de 9 milliards de terriens dans la seconde moitié du XXIe siècle. Mais cette transition se traduit aujourd’hui par un vieillissement rapide de la population des pays dits développés et de la Chine. La dissolution des liens de type patriarcaux impliquera donc la prolifération d’emplois de proximité, mi bénévoles, mi salariés, visant à s’occuper du corps, de l’esprit et du relationnel des humains (santé, éducation, culture). Ce secteur d’activité, qui exige une qualification qu’il faudra reconnaitre, devra prévoir des formes de financement originales et largement publiques : le « tiers secteur » d’économie sociale et solidaire.
D’une façon générale, on peut d’ailleurs considérer qu’un modèle intensif en travail et produisant principalement des biens collectifs appellera à plus de redistribution passant par les budget publics, et à plus de réciprocité au sein des communautés (quelle qu’en soit la taille). Il ne pourra donc être supportable que si, par ailleurs, il assure une plus grande autonomie aux individus en matière de moeurs comme de choix culturels. Mais en même temps, il devra mettre au point des institutions incitant et les individus, et les collectivité, à adopter les comportements les plus soutenables possibles. Par exemple, les collectivités territoriales (à toutes les échelles spatiales) devront être incitées à s’endetter pour se doter massivement et rapidement de systèmes de transports en commun, plutôt que se contenter d’entretenir des réseaux routiers pour les véhicules individuels. Il faudra donc inventer des formes de crédit et des garanties de remboursement favorisant les plus « vertueux ». Ces nouvelles institutions régulatrices (normes, écotaxes, fixation de quotas de pollution échangeables) sont encore balbutiantes ; leur généralisation modifiera aussi profondément le fonctionnement de l’économie marchande que l’avait fait il y a soixante ans la généralisation des conventions collectives et de la sécurité sociale.
Inutile de dire qu’une telle « révolution verte » semble aussi difficile à réussir que la « Grande transformation » rooseveltienne ou sociale-démocrate au début des années 1930. E fait, en 1938, les solutions dirigistes totalitaires l’avaient emporté presque partout. De même, l’après-libéralisme des années 2010 sera forcément dirigiste, mais savoir sera socialement solidaire et écologiquement responsable dépendra des luttes politiques à venir.
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la naissance de la crise économique actuelle
Plusieurs facteurs concrets font de cette nouvelle crise économique mondiale une situation de plus en plus inquiétante:
1. La guerre en Irak: Cette guerre coûte définitivement une fortune aux Américains. Ils font imprimés de l'argent par la banque fédéral comme si c'était du papier ordinaire. Rappelons nous qu'aujourd'hui les billets d'argent sont basés sur la confiance, donc nous ne pouvons les échanger contre des pièces d'or comme autrefois.
2. La crise immobilière du subprime: Une des plus grosses crises immobilières de l'histoire des États-Unis. Vous voulez investir dans l'immobilier? Eh bien! C'est le bon moment. Vous pourrez y acheter des maisons et condos pour des miettes de pains. Voilà ce qu'a couté aux banques le fait de pousser les consommateurs à dépenser, des faillites personnels de propriétaires rendant impossible les paiements dûs aux prêteurs.
3. La montée des prix du pétrol: L'énergie la plus en demande ou si vous préférez l'énergie dont nous sommes la plus dépendante et prisonnière. Cette montée des prix de l'essence touche directement et indirectement tous les consommateurs et entreprises de ce monde.
4. La crise alimentaire: Spéculation, désorganisation des filières de production, plusieurs raisons sont à la base de cette crise. Ce sont les denrés de première nécessité qui subissent une augmentation exorbitante des prix.
Pour l'instant, ce sont les américains qui sont le plus durement touché. Toutefois, comme les américains sont les plus grands consommateurs dans le monde, les autres pays seront aucun doutes liés à cette crise économique qui les frappe actuellement.
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Historique - Les plus grandes crises économiques
Les chocs pétroliers de 1973 et 1979: C'est deux chocs économiques ont été provoqués par une modification radicale de l'offre par les producteurs de pétrol, combinant ainsi la montée des prix et la baisse de la production. Dans le premier cas (1973) la guerre de Kiapour a causé ce choc économique, alors que dans le cas (1979) deuxième la révolution Iranienne était en cause. Vous remarquerez que ce sont souvent les conflits internationnals qui créent ce genre d'insécurité aux niveaux des ressources naturelles. Ceux-ci sont inévitablement suivis par des crises économiques comme nous vivons aujourd'hui.
Les autres crises économiques: Ces récessions économiques n'ont pas été d'envergure mondiale; elles ont plus particulièrement touchés certains pays. Parmi ces crises, il y a eu la crise du SME ( Système monétaire Européen) - 1993, la crise économique Mexicaine - 1994, la crise économique Asiatique - 1997, la crise financière Russe - 1998, la crise économique d'Argentine - 1998 à 2002 et la crise turque - 2002.
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Les leçons de la crise économique mondiale d’octobre 1929
Le taux d’emprunt dépend du taux d’intérêt à court terme ; la pérennité de ce système dépendant donc de la différence entre le taux d’appréciation des actions et ce taux d’emprunt.
C’est le 24 octobre 1929 que la fameuse crise se déclencha aux Etats-Unis ; on appela ce jour le « jeudi noir » ou Black Thursday
A la mi-octobre 1929 l’annonce de la baisse des bénéfices des industries poussa les spéculateurs à vendre leurs actions pendant que le cours de Wall street était encore élevé. Cette vente entraîna une chute encore plus rapide des actions, plus de 16 millions de titres seront bradés sur le marché, sans trouver toutefois preneur. Les épargnants paniquent et se précipitent auprès de leur banque pour retirer leur argent. Bientôt des centaines de milliers d’actionnaires se trouvèrent ruinés ; les banques ne purent se faire rembourser leurs crédits et les épargnants retirèrent leur argent de leurs comptes. Un grand nombre de banques n’ayant pas les moyens de rembourser, leurs clients firent faillites.
Pour s’en sortir le seul moyen des banques furent de stopper les prêts à l’étranger et de réclamer le remboursement de ceux déjà effectués. De plus les capitaux américains cessèrent de circuler autour de la planète, la conséquence inévitable fut l’expansion de la crise à l’ensemble des pays industrialisés.
Entre le 22 octobre et le 13 novembre 2009, l ‘indice Dow Jones passe de 326,51 à 198,69 (39 %), ce qui correspond à une perte virtuelle de 30 milliards de dollars, dix fois le budget de l’État fédéral américain de cette époque. [Par un effet de dominos, c’est l’ensemble de la Bourse qui s’effondre, et la chute de 1930 à 1932 est supérieure à celle de l’année 1929.
Le 8 juillet 1932, le Dow Jones tombe à 41,22, son plus bas niveau depuis sa création en 1896. La baisse des prix fut générale et atteint environ 30% de1929 à 1932. Suite à la hausse des taux d’intérêt en avril 1929, lorsque survient la première stagnation des cours, le remboursement des intérêts devient supérieur aux gains boursiers et l’économie réelle montre des signes de faiblesses : ainsi, la production automobile chute de 622 000 véhicules à 416 000 entre mars et septembre et la production industrielle recule de 7 % entre mai et octobre.
Ce ralentissement est en partie dû à un phénomène d’asphyxie : les capitaux disponibles accourent à la bourse plutôt que vers l’économie « réelle » La perte de confiance due à la crise boursière affecte la consommation et les investissements lors des mois suivant le krach. Les crédits se tarissant, la consommation, l’investissement et la production continuent de chuter, le chômage explose (de 1,5 millions à 15 millions en 1933), et la crise bancaire devient une crise économique en 1931.
Les mesures protectionnistes t-elles que la loi Hawley-Smoot de 1930 sur les droits de douane,les différentes dévaluations des monnaies ( les politiques de cette époque privilégfiant les Etats nations) favorisent la propagation de la crise à toutes les économies occidentales à partir de 1931. Début 1933 les profondes crises sociales et économiques favorisèrent les interventions publiques et la naissance de différents fascismes européens. Début 1933 la crise était au plus haut aux Etats-Unis , le nouveau président, fraîchement élu, Franklin D. Roosevelt, lança le New Deal (intervention accrue de l’Etat, infrastructure pour lutter contre le chômage, assainissement des finances). La dépression recula un peu, mais c’est surtout l’entrée en guerre des Etats-Unis grâce aux commandes dépenses militaires qui la fit disparaître en 1941. En Allemagne et en France on adopta aussi les théories de Keynes : les dépenses publiques devaient compenser le manque d’investissements privés.
En 1934 le gouvernement de Laval décida le blocage du salaire des fonctionnaires ; les résultats économiques furent infimes L’extrême droite française s’était aussi renforcée, mais le Front Populaire face à cette crise remporta les élections en 1936. En Allemagne la situation ne se stabilisa pas vraiment, mais surtout la crise avait permis à deux hommes un homme de parvenir au pouvoir : Adolf Hitler en Allemagne et Mussolini en Italie. Aussi l’histoire économique des crises nous enseigne qu’existe un lien dialectique entre crise financière, crise économique, crise sociale et crise politique, voire favorise des réflexes protectionnistes néfastes à l’expansion de l’économie mondiale et parfois des guerres.
Justement la crise politique et sociale que l’Algérie a vécu dramatiquement entre 1990/2000 avec le point culminant de la cessation de paiement en 1994 ( rééchelonnement) est le résultat de la crise économique ( effondrement des cours de pétrole de plus de 50%) des années 1986.
Par Docteur Abderrahmane Mebtoul, Expert International
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Crise économique mondiale de 1929
La crise ne se déroula pas en Suisse au même rythme que dans les autres pays. Les industries d'exportation furent touchées rapidement, mais sur le marché intérieur, la conjoncture, restée favorable notamment dans le secteur de la construction de logements, ne s'effondra qu'en 1931. Le creux de la vague, atteint en 1932, fut suivi jusqu'en 1936 d'une période de stagnation, durant laquelle le chômage continua de croître. La brève amélioration qui survint alors s'explique par la course internationale aux armements. La crise provoqua de fortes tensions politiques, qui bloquèrent les processus de décision; entre 1930 et 1938, le Conseil fédéral et le Parlement eurent recours à la clause d'urgence pour soustraire nonante et un lois et arrêtés fédéraux au référendum (Mouvement des lignes directrices ); en contrepartie, on consulta davantage les partis et associations.
Les régions rurales et celles travaillant pour le marché intérieur furent moins touchées par la crise que celles qui dépendaient de l'industrie d'exportation. Cette dernière connut un recul massif, à cause de l'effondrement du pouvoir d'achat à l'étranger et parce que de nombreux pays eurent recours à des mesures protectionnistes (droits de douane, limitation des importations). Plusieurs Etats (Autriche, Allemagne, Italie notamment) instituèrent en outre le clearing dès 1931, ce qui aggrava encore la situation. Le secteur le plus touché fut l'industrie textile, qui ne s'en releva jamais vraiment, mais l'industrie horlogère, la métallurgie et la construction de machines souffrirent aussi. En revanche, l'industrie chimique bâloise résista au choc; il en alla de même pour beaucoup d'entreprises axées sur le marché intérieur (habillement, transports, petit commerce, arts graphiques). Dans la construction, la conjoncture se montra d'abord favorable et ne tomba en dessous du niveau de 1929 qu'en 1932. Dans le secteur bancaire, les bilans chutèrent d'un cinquième de 1930 à 1934, pour stagner ensuite. Plusieurs institutions connurent des difficultés (Banque populaire suisse) ou durent fermer (Banque d'escompte suisse à Genève, 1934). Le secteur touristique fut privé de ses hôtes étrangers dès 1931. Dans l'agriculture, les prix s'effondrèrent et retrouvèrent à peu près leur niveau d'avant-guerre en 1935. Le secteur laitier dut se recentrer sur le marché intérieur à cause des difficultés d'écoulement sur le marché mondial. La déflation frappa de manière générale la consommation, dans la mesure où les consommateurs reportaient le plus longtemps possible leurs achats en escomptant une baisse des prix. La Dévaluation - intervenue tardivement le 26 septembre 1936 - vint infléchir la tendance déflationniste, elle rendit les entreprises suisses à nouveau plus concurrentielles.
La crise marqua durablement une population politiquement divisée. A gauche, outre les communistes, beaucoup de socialistes espérèrent une socialisation prochaine de l'économie, jusqu'aux affrontements de novembre 1932 à Genève. A droite, les idées autoritaires, corporatistes et fascistes trouvèrent, par-delà le frontisme , des adeptes jusque dans le camp bourgeois (Corporatisme ). Les mouvements antidémocratiques connurent des succès partiels, mais comme dans d'autres démocraties fermement établies, ils ne parvinrent pas à mettre vraiment en danger les institutions existantes. Amorcé en 1933, le débat sur les causes de la crise et les moyens de la combattre eut des répercussions plus durables que ces positions extrémistes. Le Conseil fédéral - où Jean-Marie Musy et Edmund Schulthess passaient pour les champions d'une ligne dure -, ainsi que les économistes en place comme Eugen Böhler, qui s'appuyaient sur la théorie du surinvestissement, refusaient de recourir à une politique conjoncturelle active. Les socialistes et les syndicalistes, qui s'appuyaient sur la théorie de la sous-consommation défendue par Fritz Marbach et Max Weber, exigeaient au contraire une intervention de l'Etat. Point culminant du débat, l'initiative "pour combattre la crise économique et ses effets", lancée par les syndicats, les associations d'employés et les Jeunes Paysans , remporta plus de 40% des voix, le 2 juin 1935. Après la dévaluation du franc, les deux camps parvinrent à un compromis en associant la création d' emplois à une politique de réarmement (Emprunt de défense nationale 1936 ). Cette réconciliation fut favorisée par l'attitude pragmatique du conseiller fédéral Hermann Oprecht, qui dirigeait le Département de l'économie publique depuis 1935. Sur les plans cantonal et communal, les chefs d'entreprise et les syndicats se rapprochèrent dans un effort commun pour créer des emplois, entraînant la multiplication de contrats collectifs de travail, dont l'industrie d'exportation persista à refuser l'introduction jusqu'à la signature, en 1937, d'un accord de paix du travail dans le secteur de la métallurgie et de la construction de machines.
-F. Kneschaurek, Der schweizerische Konjunkturverlauf und seine Bestimmungsfaktoren, 1952
-R. Ruffieux, La Suisse de l'entre-deux-guerres, 1974
-G. Prader, 50 Jahre schweizerische Stabilisierungspolitik, 1981
-Traverse, no 1, 1997
-B. Degen et al., éd., Krisen und Stabilisierung, 1998
Auteur: Bernard Degen / UG
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