Une coordination internationale pour affronter "une crise globale", c'est déjà ce que prônait en ces termes le G20 réuni le 15 novembre 2008 près de Washington : "Nous, dirigeants du Groupe des 20, (...) sommes déterminés à renforcer notre coopération afin de restaurer une croissance globale". A quelques jours du nouveau G20, le 2 avril à Londres, les ministres des finances et les banquiers centraux ont réaffirmé leur volonté de "poursuivre l'action pour restaurer une croissance globale." Mais les désaccords persistent sur l'urgence et l'ampleur des plans. Car si la crise est globale, la situation économique, son évaluation et les moyens d'agir varient de Washington à Bruxelles.

L'efficacité de la coordination est une évidence, si l'on veut une relance mondiale. "Si les citoyens des autres pays ne peuvent pas consommer, les marchés se tarissent", soulignait le président des Etats-Unis, Barack Obama, rappelant la chute récente des exportations américaines (Le Monde du 25 mars).

L'erreur d'une relance non coordonnée, comme l'a vécue la France en 1981, lorsque les mesures de soutien à la demande française ont essentiellement profité aux importations allemandes, est toujours dans les esprits. Il faut donc éviter les mesures asymétriques pour ne pas affaiblir l'impact des plans de relance. "On ne tient pas assez compte des effets de la non-coordination sur les autres", prévient Christian de Boissieu, président du Conseil d'analyse économique. Surtout lorsque personne ne sait quand s'arrêtera la dégradation de la situation économique. Le Fonds monétaire international (FMI) annonce désormais une récession mondiale de 0,5 % à 1 %, et l'Organisation mondiale du commerce (OMC) un recul de 9 % des échanges internationaux pour 2009.

Pourtant, au niveau mondial, les plans ne sont coordonnés ni dans leur nature - le Japon privilégie la demande, la Chine l'offre -, ni dans le temps - les plans chinois et japonais sont entrés en vigueur tandis que l'Europe avance à petits pas -, ni dans leur volume.

Le plan américain représente 5,5 % du produit intérieur brut (PIB) pour 2009-2011, le Japon, avec son troisième plan annoncé fin mars, prévoit de dépenser plus de 5 % du PIB sur deux ans, le FMI estime la relance de la Chine à 4 % du PIB sur la même période, tandis que l'Union européenne n'avance que 3,3 % du PIB. Les plans américain et asiatique sont très ambitieux car leurs économies "ont été plus tôt et plus gravement atteintes par la crise", explique Alexandra Roulet, de l'Institut Thomas-More.

Les Américains réclament donc plus de relance aux Européens pour arrêter l'incendie. "Nous devons agir rapidement sur le crédit et contre le chômage, prendre des mesures de court terme, et pas seulement aux Etats-Unis", déclarait le 17 mars à Paris Bart Van Ark, vice-président de l'institut de conjoncture américain privé Conference Board.

L'administration américaine avait invité Bruxelles à accentuer sa participation à l'effort mondial, insistant sur la nécessité d'un plan Marshall pour l'Europe centrale, avant que la dégradation économique n'ait dégénéré en crise politique. "Nous vivons une période de défis économiques mondiaux auxquels on ne peut répondre par des demi-mesures", insiste M. Obama.

Mais les Vingt-Sept réunis en sommet à Bruxelles les 19 et 20 mars ont rejeté cette idée. Sans toutefois exclure que, si la situation se dégrade, il faille faire plus. Mais les dirigeants européens parient sans doute sur le fait que les signes de reprise vont se multiplier, et préfèrent attendre l'effet des plans déjà adoptés, sans aggraver davantage les déficits. "Je suis tout à fait opposé à ce que nous, Européens, "suivions" le souhait américain d'avoir des programmes de relance encore plus massifs", a ainsi déclaré le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. Les plans actuels "sont suffisants et il faut d'abord les laisser produire leurs effets", a renchéri la chancelière allemande, Angela Merkel. Le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, est convaincu que la crise est au creux de la vague ; il recommande surtout de mettre en oeuvre "aussi rapidement que possible" les mesures déjà décidées.

L'Union européenne n'a pas non plus la même liberté d'action pour financer ses plans que les Etats-Unis. "Les Américains créent la monnaie dans laquelle ils financent leur déficit", rappelle M. de Boissieu. La Réserve fédérale a décidé, le 18 mars, de racheter 300 milliards de dollars (221 milliards d'euros) de bons du Trésor au cours des six prochains mois, ce qui leur permet de financer une relance historique de 787 milliards de dollars.

Quand bien même les Européens feraient le choix politique d'aggraver leur déficit pour financer une relance exceptionnelle au vu de la gravité de la crise, la BCE n'a pour l'instant pas cette liberté. L'Union européenne n'a pas de ministre de l'économie. Chaque Etat membre ne dispose que de sa marge de manoeuvre nationale, qui dépend encore de la note souveraine attribuée par les agences de notation. Au Parlement européen, la députée socialiste Pervenche Berès estime que "le refus de créer des emprunts communautaires comme source de financement potentiel de la relance est l'expression première de l'absence de coordination au sein des Vingt-Sept".

Faute de réelle coordination mondiale sur les plans de relance, en cette veille de G20, la priorité des Européens reste donc la réforme de la régulation financière, qui est pour eux la faute originelle de cette crise.


Anne Rodier